C’était un samedi de mai. J’accompagnais Sabrina-La-Douce sur un vide grenier à Villeneuve la Guyard. J’ai horreur des brocantes. Mais Sabrina, experte du Thermomix, possède beaucoup de qualités en dehors de la cuisine… A peine arrivée, elle tombe sur un « magnifique » service à café. Vous le décrire est impossible tant, parfois, le mauvais goût confine à Lard… Elle demande à l’homme en Marcel maculé, avachi dans son transat, le prix de « l’objet ». Il hurle : « Ginette, t’en veux combien du vieux service de ta mère déjà ? » Ginette, à l’ombre dans la BX break, éructe : « P… Robert, ça fait 20 fois que tu demandes. 30 Euros…T’es con ou quoi ? ».

Et là je me rends compte que je viens d’assister, en moins d’une minute, à la synthèse absolue de toutes les théories Zékonomiques de la formation du prix et de la valeur… C’est Ricardo et Walras entre deux verres de rosé. Adam Smith, c’est Robert Tekonhoukoi qui cherche à se débarrasser du service de sa belle-mère. C’est Ginette qui ne veut pas vraiment le vendre. C’est Sabrina qui a trouvé le cadeau pourri pour sa propre belle-mère… Un acheteur, un vendeur, un produit, un prix… Une alchimie… Moi j’observe tout ça les mains dans les poches… Trop chouette… Reprocher à Smith la crise des subprimes, c’est comme reprocher à Groucho Marx les purges staliniennes…
La poubelle à Phynance
A l’époque des Vieux Schnocks, la finance était belle. Il suffisait de suivre l’intervention d’un trader de Soufflet Négoce afin de comprendre la beauté de l’exercice. Pour acheter 200 000 tonnes de blé d’Ukraine en novembre 1997 livrées à Rouen en août 1998, il était question de la fertilité des tchernozioms, du CBOT (le marché de Chicago), du cours du Brent, du shipping chez Dreyfus, de crédit documentaire, de l’assurance COFACE, de l’évolution du Franc par rapport au $, des blocages sur le port d’Odessa, de l’influence de El Nino sur la production mondiale des céréales…
Même les « contrats futures » faisaient sens… Côté face : il fallait maîtriser les risques pour que le bon produit arrive au bon prix, au bon moment, au bon endroit… Côté pile : les forces noires, qui acceptaient de couvrir les risques – c’est-à-dire de porter les positions inverses. Elles existaient déjà avant la mondialisation digitale… Car El Speculator n’est que l’autre face de la même pièce de monnaie : on n’annule pas un risque, on le transfère…
Dès lors, le changement n’est pas dans la mécanique globale des marchés financiers (les Zantils contre les Méchants), mais dans la compensation de risques privés et publics non maîtrisés. A tout prix et quoi qu’il en coûte… Laissant progressivement le pouvoir à l’imagination fertile et fétide des « Mozart de la Finance » (effet de levier, gré à gré, warrant, subprimes…) et aux jeux Zenivrants des Zalgorithmes.
Prenant puissance – BlackRock, un nouveau continent est né – les financiers ont progressivement inversé le processus à leur avantage. Car ils ont vite compris : prendre une décision (responsable), c’est accepter un risque calculé et assurable. Ne pas prendre de décision, c’est souvent prendre un risque incalculable pour des gains inestimables… La multitude d’informations, d’autorisations, d’accréditations, de certifications (…) brouille et complexifie la réalité. L’absence de transparence n’est pas une lacune, c’est un savoir-faire. La stratégie du vide sous vide.
La notion affirmée de « sincérité des comptes » sonne toujours avec l’accent Sicilien de Don-Marco-De-La-Vega… Une impression d’imposture dans l’exercice : il s’agit de faire tourner des formules mathématiques alambiquées sur des données invérifiées et/ou invérifiables… Le comptable-expert parvient ainsi à traduire la réalité Kconomique en Nétats financiers. Puis l’expert-comptable décrypte les Zétats financiers pour redonner une vision claire de la réalité Kconomique. Jamais la même… Joli tour de Bonneteau…
Enron&Arthur&Anderson autrefois, Steinhoff, récemment, nous ont montré, si nécessaire, les limites de la farce à la certification des comptes… Par bonté, je ne parlerai pas de la comptabilité publique tant l’idée de « jeux d’écritures » prend alors tout son sens ludique.
Depuis des siècles, des données statiques (prix, résultats financiers…) rendent compte de la réalité d’un moment présent, car, comme le rappelle La Comptabilité pour les nuls : « le bilan est une photographie à l’instant t du patrimoine de l’entreprise ».
A l’instant t, la photographie d’un arbre dans la tempête rend-elle compte de la force du vent ? … Alors, quelle valeur donner à cette vérité figée dans notre Kconomie de la vitesse, virtuelle et éphémère ?
Si je te le dis