L’EKolo de Ville aime la campagne mais n’y vit pas. L’été, dans son bureau Bioclimatisé situé au bord des Champs, il imagine une nature bucolique, riche de ruches, d’oiseaux et de fleurs. Sirotant une citronnade à la lavande et aux graines de concombre issues d’une coopérative Bioéquitable des contreforts de l’Himalaya, il rêve de s’ébattre dans un Biotope Biodiversifié aux senteurs essentielles.
L’EKolo de Ville aime aussi les arbres. Surtout les espèces nobles et de bonnes familles : chênes, marronniers… Il respecte la Charte de l’Arbre. Tout abattage et plantage requiert une multitude d’autorisations et papiers administratifs. En 2023, la Mairie de Paris annonce avoir planté 63477,35 arbres. Dans le 14ème arrondissement, la première forêt urbaine est sortie de terre, Place de la Catalogne. Une dizaine d’arbres de 80 ans, 15 mètres de haut et 6 tonnes, ont été déracinés des forêts du Nord, transportés par cinq semi-remorques pour être transplantés à côté du périphérique. La lutte contre le réchauffement climatique est En Marche.
L’Ekolo de Ville prend soin de son corps et de ses aliments. Depuis le COVID, il mange uniquement des fruits et légumes Bio qu’il a pris l’habitude de laver sous l’eau du robinet riche en fluorures et nitrates. Soucieux de l’équilibre du monde et des Zhommes, il trie ses déchets afin que son pot de yaourt soit incinéré le plus loin possible de chez lui ; il favorise les circuits courts pour ses avocats Mexicains et ses mangues Indiennes.
L’Ekolo de Ville est un citoyen EKo-responsable. Il va au boulot avec son vélo primé à électricité verte défiscalisée. Il effectue un travail bien rémunéré, réservé aux citadins bien diplômés. Marketeur numérique, Financeur mondialisé, Fonctionneur de la Haute, il veille à la décroissance et aux Zéconomies d’énergie – pour les Zautres… Il consomme mieux et local. La preuve ? Il a vendu sa voiture et se fait tout livrer.
Mais l’EKolo de Ville est un honnête homme. Il reconnaît ses faiblesses. Il ne parvient pas encore à se passer de l’avion, notamment pour rejoindre les contrées déhanchées du Pacifique Sud. En revanche, il a définitivement adopté le train. Il voyage même sans bagage – mais avec une carte bleue bien garnie. Il avoue qu’il participe toujours aux grands rassemblements culturels ou sportifs. Une juste compensation de tous les efforts du quotidien. Et parce qu’il le vaut bien…

L’EKolo des Champs vit à la campagne car il n’a pas le choix. L’été, il sue sang et eau sous un ciel de plomb et une température de 37,2°C. Afin de ne pas mourir de chaud, il cherche de l’ombre et des points d’eau. Il commence par se battre contre les hordes de Taons MordeursTM et finit par s’endormir sur son plaid de la tribu des Vieux Quechuas. Il se réveille couvert de coups de soleil et de piqûres de moustiques… Avant qu’un violent orage transforme le chemin de terre en bourbier et qu’il finisse par enliser la Clio2 pour la nuit.
L’EKolo des Champs maltraite des bois constitués d’espèces communes (résineux, fruitiers…) qui poussent sans harmonie dans des espaces informes. Des forêts à son image. Il coupe même des arbres afin de se chauffer l’hiver. Inconscient, il émet des tonnes de dioxyde de carbone. Egoïste, il est totalement responsable de la pollution de l’air et de l’effet de serre…
En automne et famille, l’EKolo des Champs ramasse les champignons des Bois : cèpes, bolets, girolles… Simplet, il mange des produits qui poussent directement dans la terre… Imbécile heureux, il organise le tarissement des ressources naturelles, l’épuisement des sols et participe aux déséquilibres des marchés mondiaux de matières premières alimentaires…
L’EKolo des Champs est bien chanceux d’avoir un emploi. Ouvrier spécialisé dans une vieille usine délabrée, il mélange du caoutchouc indonésien (issu de la surexploitation des forêts d’hévéas), de la silice chinoise et divers produits chimiques de vulcanisation pour fabriquer… des pneus de vélo.
Payé au Smic, l’EKolo des Champs dépense 10% de son salaire en essence diesel car, en l’absence de transport public, il utilise son antique Clio2 déprimée pour rejoindre son entreprise. Il parcourt quotidiennement les 35 Kms de trajet entre la jolie passoire thermique qui lui sert de maison et le site industriel énergivore qui lui sert de travail.
Fi du plaisir, que la crainte peut corrompre… Alors que 55 millions d’habitants (82% de la population) vivent dans un espace urbain, l’Ekolo de Ville se pique de démontrer que la suppression, dès 2024, de 21191 postes industriels d’EKolos des Champs, est une solution efficace pour améliorer l’empreinte Carbone moyenne du Français moyen… Avant d’éliminer le Français Moyen ?
Si je te le dis