A la Sauce Cannibale

Voilà, c’est finiiii… Trente-sept Chroniques. Comme trente-sept bouteilles jetées à la mer, surfant les vagues au hasard des courants… Des flacons vides… « Tas tout bu tout seul ? » me dit Philippe-Lembrouille qui hésite encore dans sa quête du bonheur. Hédonisme, épicurisme, eudémonisme, picolisme ?… Combien de soirées partagées à rechercher courageusement un message, un homoncule au fond de la bouteille ?…

Nous sommes bien loin des Histoires Extraordinaires. De ces naufragés perdus sur une île déserte. Le Monde moderne est un Rézocéan sans frontière. Une bouteille numérique peut être lue par des milliards de personnes. À la moindre notification, sonore ou visuelle, ils ont même pris goût et habitude de répondre à tout, de rien, pour rien…

Trente-sept. Comme 1937. Emis le 30 juillet 1937, l’Ordre Opérationnel N°00447 du Commissariat du Peuple aux Affaires Intérieures de l’URSS pose les principes « qui visent à réprimer les éléments antisoviétiques socialement dangereux ». C’est le début des Grandes Purges que même Hollywood n’ose imaginer…  Un demi-million, un million, deux millions d’exécutions ?…

Il est vrai que j’aurai pu attendre quelques mois de plus et l’écriture de la quarante et unième Chronique. Comme 1941. Dans une lettre du 31 Juillet 1941, Hermann Goering demande à son pote Reinhard Heydrich de mettre en œuvre « une solution finale à la question Juive… ». Deux millions, trois millions, six millions de morts ? …

Le Barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la Barbarie… En ce sens, le documentaire de Mathieu Schwartz sur l’Etat Barbare rappelle que le Troisième Reich est entièrement construit par la jeune élite du pays. Au début des années 30, 17% des SS ont un Doctorat. Ils ont défini la mythologie arienne comme une croyance. Le Nazisme est au service des Germains pour un combat tellurique. Un peuple élu face à un autre peuple élu… Tiens, t’as mis ton costume Hugo Boss pour aller au boulot aujourd’hui ?…

Et il est (re)venu le temps des Cannibales… Réussir aujourd’hui, c’est bouffer l’Autre, dans toutes ses dimensions. A l’heure de la mondialisation, il faut ingurgiter un repas de plusieurs milliards d’hommes et de femmes. Face au risque d’indigestion, les cannibales modernes se distinguent des anthropophages ancestraux. Ils sont souvent Biovegan, prennent soin de leur santé et de leur jeunesse (éternelle)… Mais ils conservent la même attitude de pensée, au nom de laquelle ils rejettent tous les Sauvages hors de l’Humanité… Qu’ils dégagent la vue…

Qui sont les Sauvages ? Les Tupinambas du Brésil, « invités » maltraités à Rouen par le jeune Roi Charles IX en 1562 ? Qui sont les Cannibales ? Les Kanaks de Nouvelle-Calédonie, exposés comme des animaux lors de l’Exposition Coloniale de 1931 au Bois de Vincennes ?… Par l’échange et le jeu, tentons ensemble et avec modestie de nous inscrire dans la continuité des travaux de Michel Eyquem, Seigneur de Montaigne.

Révélons à l’unisson (à qui ?) les vaines et frivoles entreprises des cannibales modernes, ces Zadeptes du Toupourmagueulisme, du passe-droit en héritage et de la rente à vie. Kipousskons ensemble ces Zimposteurs, « Monstres » de Gramsky, ogres à vide de chairs fraîches…